Explorer les frontières avec Lectures féministes

Retours de l’atelier de lecture-écriture-performance au Congrès International de la Recherche Féministe et Francophone à Université de Nanterre le 27 août 2018.

Endroit : une salle de fac, et on a vu pire, on avait plusieurs fenêtres, on avait même un mur vert ! On commence par pousser les tables et les chaises sur les murs en laissant un grand espace au milieu. On affiche des citations – Anzaldúa, Miano, Mernissi – sur les murs, les gens commencent à entrer, chacune à leur manière, attentives.

Pour rentrer dans le cœur de la thématique et casser la timidité de certaines, nous avons formé un cercle où on se tient par les mains – merci Jamie et Starhawk – ceci a changé tout de suite l’atmosphère de salle de cours à un espace de plénitude féministe.

C’est dans cet entr’elles qu’on tisse un grand filet de laine, tentant de défaire les multiples frontières imaginaires ou réelles.

Dès l’instant où on entame notre réflexion et performance – un vrai saut dans le vide que d’essayer de gratter ce qui représente notre conception des frontières – émergent des mots et des gestes.

Il y a trois ans j’ai crochetée, dans un pays du nord (oui, encore plus au nord), une petite corbeille violette en tissu élastique. Le matin même de l’atelier, j’ai tricoté des petites bandes multicolores pour la décorer et qui servaient comme bandoulières.

– As-tu pensé peut-être à tous ces crochets et chaînes avec lesquelles on a crocheté tant de femmes, hommes ou enfants, portant de piètres bandoulières et contenant de maigres souvenirs, ayant osé se confronter ou tenté d’abolir des frontières ? D’autres ont été arrachés à leurs terres et racines car c’est ainsi que le droit à l’existence leur est confisqué et la suprématie des plus forts est établie. Au nom de quoi ? Zut alors, on n’est pas là ni pour évoquer ni pour faire de l’Histoire.

Quoi que si, pourquoi pas, nous sommes la moitié de l’humanité quand même !!!! Nous devrons nous faire entendre, notre lutte contre le patriarcat commence par ces foutues frontières qui nous empêchent de nous regarder dans les yeux, nous parler, nous aider et nous aimer, objectiva Akila en souriant. Pour l’heure nous allons performer et défaire les frontières !

Périlleuse affaire surtout lorsque j’ai vu la salle se remplir de participantes. Peut-être ai-je l’espoir de meilleurs jours et de lointaines contrées sans frontières.

– Mais détrompe-toi et accroche-toi à ce que tu avais prévu de faire avec tes amies à l’aide de ta pelote de laine ! Tisser, oui tisser encore et encore, faire des navettes de fil comme pour se rappeler que les liens de solidarité qui unissent les femmes se transmettent par le bout de cette pelote, nous voulons croire que ces instants de tissage finiront par donner une belle fresque.

Des gestes nerveux, des sourires complices, s’échangèrent au moment de lancer la pelote à l’autre. Heta, pieds nus, telle une araignée qui passe à travers les fils de la toile pour aider à passer l’objet précieux, la pelote, quand elle tombe au milieu du cercle.

Juste avant le début de l’atelier, j’ai plié les petits bouts de papiers contenants des mots des féministes ayant écrit des, avec, à travers les frontières.

Je nous vois nerveuses et joyeuses, dans l’attente, fragiles, aussi. Qu’est-ce qu’on va pouvoir tisser entr’elles ? Qu’est-ce qu’on va sentir ? Est-ce qu’on va prendre quelques pas de plus vers cette pluriversité qu’on aime tant conspirer? Jamie, animée par l’esprit de Starhawk, se chargea de nous détendre avec ses mots et ses gestes. Elle nous insuffla de la sororité pleine la gueule…

Nous confisquons l’espace académique pour se voir, se parler autrement. Tant d’enjeux derrière cette affaire des frontières. Parole souterraine, parole joyeuse, parole sans détour – allons-y !

On commence avec Gloria Anzaldúa et sa pensée sur la mestiza, une des premières sources d’inspiration pour cet atelier :

Parce que moi, une mestiza, je sors continuellement d’une culture, et j’entre dans une autre, parce que je suis dans toutes les cultures simultanément. Dans un état constant de nepantilismo [lien où on explique le terme] – la mestiza est un produit du transfert des valeurs culturelles et spirituelles d’un groupe à un autre.
///Anzaldúa, Borderlands/La frontera. The New Mestiza, ch. ”La conscience de la Mestiza. Vers une nouvelle conscience” [lien vers le texte en ligne] tr. fr. de Paola Bacchetta et Jules Falquet///

Chacune pioche une citation, la lit à haute voix et enroule un bout de laine autour de son poignet, puis désigne une/un partenaire et la lui lance à son tour. Les fils se nouent telle la toile tissée de Pénélope.
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On a besoin d’entamer une autre pelote, comme si les frontières s’érigent et s’érigeront de plus en plus. Triste et fatidique réalité ! Puis vient le moment ou il faut libérer ses poignets …

Les « mestizas » présentes se réveillent soudainement de leur léthargie, sommeil ou timidité. Elles font tomber les masques et s’aventurent … Les frontières et nos différentes manières de les envisager deviennent lisibles et se disent à haute voix dans nos textes écrits et lus comme (dé)tissage commun de nos frontières personnelles.

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Until next time, chères.

« our circle is open, but unbroken
may the peace of the goddess be forever in your heart
merry meet, and
merry part, and
merry meet again »

Les animatrices : Jamie, Akila, Heta, Hanane, remercient toutes les 24 participantes.

 

 

 

 

 

 

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